Certains matins je me retrouve les yeux encore plein de sommeil à parcourir les routes. Les routes d’une banlieue triste, grise même en plein soleil. Une banlieue qui fait mal aux yeux et au coeur. Des immeubles plein la rue, la misère accrochée aux paraboles des balcons. Concentrée sur le bitume, je lève rarement la tête pour admirer le paysage urbain, toujours le même, ville après ville, feu après feu.
Certains matins nous sommes plus chanceux et nous pouvons laisser le moteur gambader sur les routes de campagnes. Je ne sais pas si les origines de mon enfance remontent à la vue de ces arbres, de ces étendues vertes et des petits bourgs à la publicité antique, mais ces escapades me laissent sur les lèvres un goût de liberté infinie.
Je me retrouve comme sur mon vélo à pédaler à plein régime pour aller encore, encore plus vite. Pour sentir le vent défaire mes cheveux décoiffés. Pour entendre le rire irrépressible de mon ivresse et sentir ces cris fous se bousculer dans ma gorge. Pour sentir le parfum de la terre et du foin envoûter ma peau dorée. Pour me sentir libre de tous liens et pourtant profondément ancrée dans l’air et le soleil.
Je nous emmènerai loin, si loin. Je nous enlèverai du monde et vous n’aurez plus peur de ma joie dionysiaque.


