Il y a la fatigue qui s’accumule imperceptiblement. La fièvre de la fin du mois de juin qui commence à sourdre en moi. Je me suis dis que cette année ce serait différent, qu’il fallait se concentrer encore, que l’effort n’est pas fini, que je n’ai pas le droit de lâcher prise.
Je nage dans le flou, les jours passent dans leur folie et c’est à peine s’ils m’atteignent. La tension ne cesse de monter et de descendre et les cernes de se creuser. Je voudrais me perdre en l’autre, je ne sais plus où nous en sommes, nous nous sommes rejetés, repris, nous avons continué envers et contre tout, nous nous battons pour construire notre identité. Chaque dialogue avec mes parents me fait un peu plus mal parce que jamais je ne pourrai leur dire. Il n’y a rien à dire, je ne suis plus une jeune adolescente en rébellion, je sais que nos différends ne viennent pas de là. Je suis juste une jeune femme qui a une soif terrible de la vie, que rien n’effraie, qui vit d’une liberté immense et effrayante. Je peux tout parce que je crois en tout.
Je ne sais pas pourquoi je suis si différente, pourquoi une rage froide me dévore, me bouscule dans les moments critiques. Devant les murs, la bétise, l’incompréhension, quelque chose crie au fond de moi: fonce, bas-toi, vas encore plus loin, encore plus loin, encore…. Et je repars, malgré les blessures à peine cicatrisées. Mon corps s’affine de nouveau et encaisse jusqu’à n’en plus pouvoir et un jour resté KO au fond de mon lit tel un boxeur au lendemain de sa défaite.
Je ne sais pas si je serai capable d’arriver à mes rêves, d’arriver à cette vie que j’aurais construit peu à peu.
J’ai tellement appris pendant cette année. J’ai appris à aimer, à souffrir d’aimer. J’ai appris la jalousie et la folie des nuits noires.
J’ai appris que je voulais brûler ma vie, dans les autres, dans l’amour partagé, dans le travail acharné, dans la passion des projets. Je ne sais plus où je vais, plus rien n’est facile parce que je n’ai pas de diplômes, parce que je ne prends pas les mêmes voies que tous le monde, parce que j’ai beaucoup trop confiance en moi. Parce que je n’ai pas assez confiance en moi. Parce que je creverai de ne pas travailler pour les autres, pour cette foule d’anonymes que j’ai envie de toucher par mon enthousiasme incessant. Parce cette folie d’aimer qui m’étouffe si je ne la fais pas partager.
Ce soir, c’est un échec et une réussite. C’est la colère de ne pas avoir réussi, et la persuasion que je vaux beaucoup plus. Je ne sais pas où est ma place, ni parmi les élites qui m’écoeurent de leurs soirées consanguines où froufroutent les robes de soie et claquent les talons, ni parmi les médiocres qui chaque matin ne savent pas pourquoi ils se lèvent.
Je ne serai jamais à ma place parce que je n’en ai pas, parce que même si je le voulais je n’en aurai pas. Je suis tout, je viens de nul part et me glisse partout. Je veux tout être, tout connaître, beaucoup savoir. Je veux y arriver, je ne sais pas qui est Y mais un jour, il sera mien.

